"L'air sceptique tu frottais désesperement la petite bosse qui donne à ton nez cette ligne que tu détestes - le seul défaut et le plus grand charme de ton visage d'enfant florentin. De face, la perfection classique, grecque, boticellienne, et de profil mon oiseau de proie, ma prêtresse de Quetzalcoat, cet os minuscule qui saille là où on ne l'attend pas et te donne un air un peu cruel, buté, volontaire - ton air de charognard et d'oiseau de nuit, ton air de violence démenti par la vulnérabilité de tes lèvres charnues, qui même fermées ont l'air ouvertes, a-t-on jamais vu une bouche pareille,la lèvre supérieure légérement renflée au centre par un minuscule bourrelet comme celle d'Akhénaton le fou du soleil, l'inférieure gonflée comme du raisin muscat, une grappe juteuse tendue à craquer, tes lèvres plaies d'amour, écorchures, égratignures, insolence et impudeur, crois-moi j'y passerais bien le doigt pour y goûter l'acidité de la pomme que tu viens de croquer."
les rois et les voleurs, Muriel Cerf
Pour ça.
Pour l'atypique.
Pour moi aussi.